Tentative de suicide

Tentative de suicidePin

Chaque année, en France, le suicide est à l’origine de 13 000 décès en France, et on estime qu’une personne sur dix a fait une tentative de suicide dans sa vie.

Heureusement, face à cette réalité, les soins et le soutien de psychothérapie, permettent aujourd’hui de mieux comprendre les patients, de les aider. Et surtout de savoir que faire après une tentative de suicide…

La personne qui est passée à l’acte, se sent dans une impasse… Les raisons peuvent être nombreuses, il n’existe pas de généralité et chaque cas a une raison individuelle. Il est en particulier important de savoir si la personne ne souffre pas d’une maladie particulière comme une psychose.

Toute tentative de suicide doit être prise au sérieux. Malheureusement, une personne qui a fait une tentative de suicide risque de récidiver. Il faut s’assurer que la personne soit, par la suite, prise en charge correctement. L’entourage aura un rôle à jouer : apprendre à parler de suicide et de détresse avec ses proches permet de se sentir reconnu dans sa souffrance.

Dans ce dossier, vous trouvez le témoignage de Sylvain qui a fait une tentative de suicide. Suivi des explications du Professeur Philippe Courtet, psychiatre au CHRU de Montpellier et les conseils de Stéphanie Wooley, Présidente de l’Association France-Dépression.

Auteur : Ide Parenty.
Consultant expert : Professeur Philippe Courtet, responsable du département hospitalo-universitaire d’urgences et post-urgences psychiatriques du CHRU de Montpellier.
Octobre 2010.

Tentative de suicide : que faire après ? : Le témoignage de Sylvain

Sylvain, 42 ans, adhérent de France-Dépression. Il nous livre son témoignage après sa tentative de suicide…

En 2007, vous avez fait une tentative de suicide, que vous est-il arrivé ?

C’était suite à la prise d’un poste difficile dans l’administration. J’avais plus de responsabilités, ce n’était pas facile à gérer, tout cela associé à une certaine sensibilité et à une tendance à me remettre facilement en question.

Comment en êtes-vous arrivé à ce geste ?

C’est quelque chose de sous-jacent. On met des années avant de passer à l’acte. On y pense quand on est seul. Et puis un jour, on tombe dans une tourmente, une spirale qui s’accélère. Au début, on y pense une fois par semaine, puis deux fois par semaine, puis tous les jours. On se replie sur soi-même, et puis un jour on est seul, on est perdu dans un marasme, et on passe à l’acte.

Comment après avez-vous réussi à reprendre goût à la vie ?

Les premiers mois ont été difficiles. Puis, je suis resté en arrêt de travail chez moi, ce qui m’a permis de faire le point. J’ai fait des activités avec mes enfants. J’ai eu la chance d’être bien entouré, mais je m’en suis sorti aussi grâce à moi, grâce à ma volonté. J’ai repris confiance en moi et j’ai finalement décidé de retravailler au même poste.

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui sont dans la même situation ?

L’important est de se réaliser personnellement, d’aller jusqu’au bout de quelque chose. J’ai fait des travaux dans mon appartement, par exemple, ça c’est important. Et puis, il faut parler de son ressenti avec les psychiatres, les associations, et les proches : ça fait du bien de parler de son mal-être. On se rend compte qu’on n’est pas seul. Moi, je participais à des groupes de parole, et aujourd’hui, je suis toujours bénévole pour l’association lors d’actions ponctuelles.

Quels conseils donneriez-vous à l’entourage ?

L’entourage doit s’informer, lire des livres, pour connaître les raisons de cet acte, pour comprendre le cyclone qui est en vous. Et puis, bien sûr, il faut donner beaucoup d’amour, de douceur et de compréhension. Partager un moment, déguster une simple pâtisserie peut déjà être un geste important. Reprendre du plaisir est indispensable pour sortir de cette tempête intérieure.

Quand avez-vous su que vous alliez mieux ?

J’ai su que j’étais guéri quand j’ai réussi des choses moi-même, quand j’ai eu envie de sourire, de rire et d’embêter ma femme et mes enfants. Bref, quand j’ai repris du plaisir à vivre.

Mais, c’est un vieux démon qui peut ressurgir, il faut donc continuer à être suivi régulièrement par son médecin. Aujourd’hui, je ne ressens plus le besoin d’aller aux groupes de parole, et je me sens bien. C’est une chose qu’il faut savoir apprécier.

Tentative de suicide : que faire après ? : Les conseils du médecin spécialiste

Entretien avec le Professeur Philippe Courtet, responsable du département hospitalo-universitaire d’urgences et post-urgences psychiatriques du CHRU de Montpellier. Il donne plein de conseils…

Comment comprendre une tentative de suicide ?

On considère la tentative de suicide comme un geste auto-agressif réalisé avec une certaine intention de mourir. Mais, ce sont en réalité des comportements très hétérogènes.

Chez les jeunes, la tentative de suicide est souvent impulsive. Elle intervient dans un contexte difficile : conflit avec les parents, conflit amoureux, difficultés scolaires… Souvent, le premier moyen disponible est le médicament. Heureusement, l’issue est généralement sans gravité médicale, même si certains médicaments peuvent être très toxiques. Ce geste est souvent considéré comme « un appel au secours ». Pour autant, il ne faut pas le banaliser. Il faut le prendre en charge, et apporter le secours demandé.

Et chez les personnes plus âgées ?

Chez les personnes plus âgées, le geste est plus prémédité. Il est aussi lié à des difficultés personnelles : divorce, dépression sévère, difficultés professionnelles. C’est un acte préparé, planifié. La personne s’isole avec un moyen hautement létal, et fait en sorte de limiter l’arrivée des secours. L’intention de mourir est très forte.

Pour autant, il est parfois difficile de comprendre cet acte, car il n’y a pas de profils types, toutes les situations se rencontrent, et les jeunes meurent aussi du suicide.

Dans tous les cas, le geste suicidaire n’a pas pour objectif la recherche de la mort, mais plutôt celui d’échapper à une souffrance devenue intolérable. C’est un isolement progressif, où les idées de suicide deviennent de plus en plus fortes, et les solutions pour sortir des problèmes de moins en moins nombreuses, jusqu’au passage à l’acte.

Quels sont les facteurs de risque ?

On pense aujourd’hui qu’il existe une vulnérabilité spécifique chez certaines personnes. Bien sûr, on retrouve dans toutes les tentatives de suicide des difficultés inter-personnelles, des problèmes sociaux, financiers, ou encore judiciaires. Dans 90% des cas aussi, il y a aussi une maladie psychiatrique : dépression, alcool, anxiété. Les deux pouvant évidement être liés.

Heureusement toutes les personnes dépressives ne font pas des tentatives de suicide, c’est pour cette raison que nous pensons qu’il existe en plus une vulnérabilité spécifique due à des facteurs biologiques, génétiques et personnels, cette vulnérabilité individuelle s’exprimant dans le contexte de stress.

Comment l’entourage peut réagir face à une tentative de suicide ?

Dans tous les cas, il faut emmener la personne dans un service d’ urgence hospitalier. Il faut montrer qu’on prend en considération cet appel au secours. La personne sera ainsi prise en charge, ainsi que son entourage qui deviendra un aidant, un co-thérapeute. Par ailleurs, il ne faut en aucun cas adopter une attitude excessive, ni dramatiser, ni banaliser cet acte.

Y a-t-il un risque de récidive ?

Il y a toujours un risque de récidive (près de la moitié des “suicidants” récidivent). Il faut à tout prix s’assurer que la personne soit bien prise en charge, et la protéger du contexte qui l’avait amené au passage à l’acte. Beaucoup de gens pensent qu’il n’y a rien à faire pour les personnes suicidaires, mais ce n’est pas une fatalité. S’il y a une dépression, il faut la soigner. Il faut être vigilant face à quelqu’un qui en parle. Il faut l’aider, être à l’écoute et l’amener à consulter et à accepter un suivi.

Tentative de suicide : que faire après ? : Les recommandations d’une association

Entretien avec Stéphanie Wooley, Présidente de l’Association France-Dépression. Voici ses recommadations concernant les tentatives de suicide…

Qui recevez-vous dans votre association ?

Nous recevons à la fois les patients mais aussi l’entourage, la famille et les professionnels de santé. Tous viennent chercher une information, un soutien, une écoute ou veulent s’engager pour les autres. Certains se déplacent une seule fois, et d’autres deviennent bénévoles. Nous proposons aussi des activités comme des conférences, l’introduction à l’art thérapie ou l’automassage, l’ esthétique, le bien-être, ou encore des sorties au théâtre.

Quelles informations leur apportez-vous ?

Il faut que chacun ait connaissance de toutes les thérapies à disposition, pour pouvoir trouver la prise en charge appropriée. Chacun reste ainsi acteur de ses soins, et peut mieux contrôler la situation.

Comment les aidez-vous ?

Dans les groupes de parole, ces personnes partagent leurs expériences. C’est un bon moyen de prévention. Un jour, un jeune est venu sans rien dire pendant 2 ou 3 séances. La troisième fois, il nous a remerciés. Après avoir écouté les autres, il a pu parler pour la première fois à son psychiatre de ses idées suicidaires, il a alors eu un nouveau traitement et va beaucoup mieux depuis.

Mais, l’objectif est aussi de valoriser ces personnes et de les déculpabiliser vis-à-vis de leur famille en cas de tentative de suicide, par exemple. Il faut leur rappeler sans cesse que c’est une maladie.

Et leur entourage ?

On propose aussi à l’entourage des groupes de parole pour que toutes ces personnes puissent échanger sur leurs expériences, leurs stratégies. Souvent il y a aussi beaucoup de culpabilité chez l’entourage. Ils se demandent ce qu’ils ont fait ou pas fait.

Peut-on se remettre totalement d’une tentative de suicide ?

Malheureusement, il reste souvent des séquelles qu’il faut prendre en charge. Mais, on peut s’en sortir. Chaque cas est unique, certaines personnes disent même qu’elles se sentent beaucoup mieux qu’avant. Quelque chose s’est ouvert en elles.

Quels conseils peut-on donner à l’entourage ?

Il est important que l’entourage se soucie aussi de sa propre santé pour ne pas se laisser envahir par la souffrance de l’autre, et demander un soutien psychologique si nécessaire.

Pour plus de renseignements : Association France-Dépression.

Tentative de suicide : que faire après ? : A faire et à ne pas faire

Voici quelques conseils qui peuvent aider l’entourage, les proches d’une personne qui a fait une tentative de suicide. Les choses à faire, ou à ne pas faire. A dire, ou ne pas dire…

> N’arrêtez pas un traitement sans en parler avec votre médecin.

> Si votre traitement ne vous convient pas, parlez-en à votre médecin.

> N’hésitez pas à vous diriger vers les associations pour plus d’informations.

> Rencontrez des personnes dans un groupe de parole qui ont vécu la même chose, peut vous aider.

> Les proches ne doivent pas non plus hésiter à demander un soutien psychologique ou à s’adresser à une association.

> Il ne faut pas banaliser une tentative de suicide, même si les conséquences physiques sont minimes.

> Emmenez systématiquement une personne qui a fait une tentative de suicide dans un service d’ urgence hospitalier.

> Si quelqu’un de votre entourage vous semble souffrir de dépression, proposez-lui d’aller consulter.

Sources et notes :

– Christian BAUDELOT, Roger ESTABLET, Suicide, l’ envers de notre monde, Editions du Seuil, 2006.

– Vincent CAILLARD, Françoise CHASTANG, Le geste suicidaire, Elsevier Masson, 2010.

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