Savoir détecter une schizophrénie

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Les troubles schizophréniques touchent environ 600 000 personnes en France, et commencent à se manifester, généralement, chez les jeunes.

Pour faire simple, la schizophrénie est une psychose qui se traduit par une modification du comportement de la personne et une perte de contact avec la réalité.

En fait, il n’existe pas une schizophrénie, mais des troubles schizophréniques. Le terme regroupe un ensemble de symptômes dont l’expression peut être un délire, des hallucinations, des troubles cognitifs, ou encore un isolement affectif et social…

Rien à voir donc avec le dédoublement de personnalité dont on a souvent parlé pour définir (un peu trop simplement) la schizophrénie.

Les causes de la schizophrénie sont encore assez mystérieuses. Il semble que le facteur génétique soit une des hypothèses, mais d’autres facteurs interviennent.

En effet, les études ont montré qu’un enfant voyait son risque augmenter de 10 % si l’un de ses parents du premier degré (père, mère, frère, sœur) était atteint, de 40 % si ses deux parents sont schizophrènes, et de 50 % si son vrai jumeau est frappé par la maladie.

Ce dossier précise comment détecter une schizophrénie, avec ses signes avant-coureurs, suffisamment tôt, et de quelle façon intervenir pour être aidé de manière efficace.

Auteur : Sylvie Charbonnier.
Expert consultant : Docteur Anne Gut-Fayand, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris.
Dernière remeise à jour : septembre 2011.

Savoir détecter une schizophrénie : La schizophrénie, c’est quoi ?

La schizophrénie se traduit par une modification de comportement chez le schizophrène, une dissociation mentale, une discordance.
L’entrée dans la maladie se fait généralement, chez le jeune adulte, autour de la vingtaine d’années (entre 15 et 25 ans).

Le malade a soudainement des réactions totalement inappropriées par rapport à la réalité. Il montre, par exemple, une grande indifférence face à des événements chargés émotionnellement. Il peut souffrir d’une inhibition, d’une difficulté à faire les choses qui peut le conduire à une perte d’intérêt pour ces choses. Il peut aussi se replier sur lui-même, et avoir des idées délirantes ou des hallucinations.

Il peut avoir des idées délirantes de persécution, de vol ou d’insertion de la pensée. Ses propos peuvent alors devenir incohérents, ses gestes répétitifs et stéréotypés. Dans tous les cas, le jeune ressent une angoisse terrible à laquelle s’ajoutent parfois de longues périodes de mutisme.

Il arrive que certains jeunes entrent dans la maladie par des passages à l’acte violents. Cela dit, ces actes violents ne sont statistiquement pas plus nombreux chez la population de patients souffrant de troubles schizophréniques que dans le reste de la population.

Les raisons

A l’heure actuelle, les spécialistes envisagent plutôt des causes multifactorielles pour la schizophrénie : la conjonction des facteurs génétiques et des facteurs environnementaux.

Les hypothèses psychanalytiques sont de moins en moins retenues (on parlait autrefois d’un profil du schizophrène avec une mère hystérique et un père absent). Ces hypothèses sont jugées culpabilisantes pour les parents, ce d’autant plus qu’elles sont floues et mal étayées sur le plan scientifique.

Les hypothèses “neuro-développementales” sont également valables. Différentes complications graves survenant durant la grossesse ou lors de l’ accouchement pourraient majorer le risque de développement des troubles schizophréniques. D’après certaines études, les risques de schizophrénie augmenteraient lorsque la mère a été infectée par un virus, en particulier le virus de la grippe, durant sa grossesse. Il pourrait alors y avoir une migration anormale des neurones dans certaines parties du cerveau.

Savoir détecter une schizophrénie : Les signes d’alerte

Il est très difficile de détecter avec certitude les signes d’alerte d’une schizophrénie tant que le jeune adulte n’est pas entré franchement dans la maladie, c’est-à-dire tant qu’il ne présente pas de symptômes clairement identifiables dans le temps et la durée.

On parle de troubles schizophréniques quand les symptômes ou le dysfonctionnement existent depuis au moins six mois et donc, que la maladie devient chronique.

Le repli affectif et social

Un certain nombre de signes avant-coureurs (les prodromes) peuvent alerter aussi bien les enseignants que les parents du jeune patient.
On dit communément, que le jeune sujet qui souffre de schizophrénie change de comportement avant son entrée franche dans la maladie.

Ce changement comportemental peut s’effectuer vers 15 ou 16 ans.

> Il se traduit souvent par un repli affectif et social, une perte brutale de motivation, une pensée floue et désorganisée. Il peut s’agir, par exemple, d’un bon élève qui perd pied en classe et dont les résultats scolaires chutent sans raison apparente.

> Cela peut également se traduire par une phobie sociale (un jeune qui refuse d’aller en classe et qui sèche les cours alors qu’il était assidu d’habitude mais qui est devenu très angoissé).

Parmi les signes qui doivent également mettre en alerte les parents : la forte consommation de cannabis. On sait que 60 % des jeunes schizophrènes consomment du cannabis ou de l’alcool.

Cependant, ces signes, que l’on reconnaît rétrospectivement chez un jeune souffrant de schizophrénie, sont aussi le signe banal du mal-être chez beaucoup d’adolescents. Difficile, chez un jeune de 15 ans de diagnostiquer ou de repérer un risque schizophrénique, du seul fait qu’il se sente mal dans sa peau, qu’il déprime ou qu’il consomme du cannabis !

Les consultations

La détection précoce des signes avant-coureurs ne garantit pas que la maladie pourra être évitée. En revanche, un dépistage précoce permet une prise en charge du jeune et de sa famille durant une période souvent chargée d’ angoisse et de culpabilité.

Nos conseils :
> La première démarche est d’emmener un adolescent perturbé chez son médecin généraliste. Le médecin de famille connaît plus ou moins bien le jeune et saura sans doute détecter un changement suspect de comportement. Il saura, par ailleurs, orienter la famille vers les structures adaptées. De plus, le jeune acceptera plus volontiers d’aller consulter son médecin habituel que de consulter un psychiatre ou un psychothérapeute.

A envisager également : les consultations pour adolescents et les maisons des adolescents qui existent un peu partout sur le territoire.

Savoir détecter une schizophrénie : Les solutions

Les spécialistes répugnent à prescrire des médicaments à un adolescent. Les solutions, les traitements seront donc adaptés en fonction des symptômes spécifiques du jeune sujet.

Vont donc être privilégiés :
> Un bilan d’évaluation comprenant un entretien clinique très précis et structuré.

> Des tests cognitifs, de QI, de mémoire, des fonctions exécutives qui permettront de relier les symptômes à des dysfonctionnements cérébraux précis.

> Des entretiens motivationnels. Il s’agit d’entretiens psychothérapeutiques individuels dont le but sera de faire retrouver au jeune une motivation et de l’empêcher de sombrer dans l’ angoisse et le mutisme.

L’usage des médicaments anti-psychotiques est très controversé chez les jeunes à risque. Les médecins ne peuvent pas affirmer à ce stade que les jeunes entreront dans la maladie, et les études sur l’efficacité de ce type de médicaments à un stade très précoce, restent très controversées

Savoir détecter une schizophrénie : Les conseils d’un psychiatre

Les conseils du docteur Anne Gut-Fayand, psychiatre au sein du service du professeur Jean-Pierre Olié, à l’hôpital Sainte-Anne, Paris.

Peut-on détecter un trouble schizophrénique chez un enfant ?

Normalement non, car ce trouble concerne le jeune adulte. Avant 16 ou 17 ans, il est très difficile de détecter une schizophrénie. Certes, les enfants ou les adolescents présentent des signes repérables mais ces symptômes peuvent apparaître chez beaucoup de jeunes du même âge. Il s’agit d’un adolescent qui perd pied mais beaucoup d’adolescents sont en difficulté vers l’âge de 15 ou 16 ans. C’est un jeune qui devient dépressif, introverti, qui a souvent des difficultés de communication avec son entourage, souvent des problèmes pour organiser sa pensée. Tout cela, ce sont des signes avant-coureurs d’une schizophrénie mais, encore une fois, ce sont des symptômes que l’on rencontre chez de nombreux adolescents qui ne seront jamais schizophrènes. Donc, face à des signes comme ceux-là, on peut, en tant que praticien, avoir un doute, une intuition, mais jamais de certitude. On ne peut pas diagnostiquer une schizophrénie sur les « prodromes ». En revanche, il faut suivre ces jeunes de près.

S’il y avait un symptôme à retenir, ce serait lequel ?

Le changement soudain de comportement, bien sûr. La démotivation mais aussi les comportements bizarres, inadaptés. Et puis, la trop forte consommation de cannabis. Je ne vous parle pas d’un ado qui fume un joint très occasionnellement lors d’une fête, mais d’un jeune qui se met à fumer sans arrêt, tous les jours pour compenser son angoisse. On considère que 60 % des jeunes schizophrènes consomment du cannabis ou de l’alcool. C’est un chiffre inquiétant.

Quel conseil pouvez-vous donner aux parents ?

Parler et demander un avis médical pour évaluer objectivement l’importance du problème ! Ces périodes-là sont extrêmement perturbantes pour toute la famille. Le jeune change de comportement, on ne comprend pas bien pourquoi. Il se mure souvent dans le mutisme. La communication déjà difficile avec un adolescent, devient encore plus difficile et tout cela est une source de grande angoisse pour toute la famille, et notamment pour les parents. On a volontiers tendance à nier, banaliser les symptômes, ou à entrer dans un conflit qui génère, à l’arrivée, encore plus de culpabilité. Le premier conseil que je pourrais donner, c’est d’aller consulter le médecin généraliste. Il connaît la famille. Il n’est pas trop angoissant pour le jeune qui le rencontre depuis son enfance. Il pourra, parfois, permettre de rétablir un dialogue difficile.

Les parents culpabilisent souvent…

C’est exact ! L’entourage, la famille ne doivent pas culpabiliser ; ce n’est pas parce qu’un jeune entre dans une schizophrénie que les parents sont coupables ou responsables. On a culpabilisé, comme ça, des générations de parents d’ autistes. On sait maintenant que la cause est génétique. Pour les troubles schizophréniques l’origine est sans doute multifactorielle, c’est-à-dire biologique et environnementale.

Certains services de psychiatrie, comme le vôtre, ont des consultations spécialisées pour ce type de maladie.

Dans notre service nous avons un centre d’évaluation destiné aux adolescents et aux jeunes adultes ou plusieurs médecins et psychologues proposent des consultations (le C’JAAD dans le Service hospitalo-universitaire du Pr Olié, 7 rue cabanis, 75014 Paris). Les familles, les jeunes adultes ou les médecins généralistes peuvent s’adresser directement à nous.

Savoir détecter une schizophrénie : Le témoignage d’un patient

Le témoignage de Manu, 27 ans, traité pour une schizophrénie depuis six ans.

Comment êtes-vous entré dans cette maladie ?

Une nuit, j’ai eu la conviction que Dieu m’avait donné une mission. Une mission d’information. Je devais faire savoir à mes collègues journalistes (j’étais stagiaire dans une rédaction à ce moment-là) que la sixième république avait été déclarée. Mais personne ne le savait. Et personne ne me croyait. C’était extrêmement angoissant. Je me sentais très mal. En même temps, je me sentais vraiment investi d’une mission. J’étais très enthousiaste, très euphorique, très excité. Le lendemain, je me suis retrouvé à l’hôpital. Et j’y suis resté de longs mois. L’horreur ! Les traitements sont très lourds, je tremblais comme un vieillard, je n’arrivais même pas à manger un yaourt tout seul.

Quel genre de petit garçon étiez-vous ?

Je crois que j’ai toujours été ce qu’on appelle une bonne nature ! J’étais un petit garçon joueur, rieur, joyeux. J’ai toujours eu beaucoup de plaisir à étudier. Je n’ai jamais eu de difficultés relationnelles, j’ai toujours eu plein de copains. Je ne me souviens pas avoir changé de comportement à un moment ou à un autre. En revanche, je sais que j’étais très anxieux. J’avais parfois des idées fixes et pas forcément en rapport avec la réalité des autres. Mais comme j’étais sympa, ils voyaient là une particularité de mon caractère. On disait : “Ah Manu, il a toujours des idées loufoques !” Cela les faisait rire. C’est vrai que j’étais toujours partant pour des trucs un peu délire… mais c’était amusant. Parfois, je devais déraper un peu. On disait que je m’emballais, que j’étais trop enthousiaste, mais rien de plus. On me prenait comme ça : Manu, un peu fêlé !

Est-ce que vous fumiez du cannabis ?

Oui. Beaucoup. Enfin, ça dépendait des périodes. Mais, c’est vrai que je fumais pas mal. Cela faisait tomber mon angoisse, surtout pour me retrouver en groupe. J’ai toujours été très sociable, mais en même temps, j’ai toujours eu un peu peur du regard des autres sur moi. Les pétards, ça me désinhibait, c’était bien. Et puis, le soir, pour m’endormir, aussi. J’avais beaucoup d’angoisses le soir.

Comment allez-vous, aujourd’hui ?

Bien ! Mais ma maladie m’a pris deux bonnes années de vie. Quasiment une année d’hôpital et puis une autre année pour me remettre. J’ai tout perdu, pendant ce temps-là. J’avais une copine, elle m’a laissé tomber quand elle a su mon problème… Et puis, les copains, c’est pareil : ils m’ont planté sauf un ou deux qui sont toujours restés. Maintenant, j’ai une nouvelle copine avec qui ça va très bien. J’ai repris mes études. J’ai passé une maîtrise d’histoire. Je suis parti travailler dans un journal en Allemagne. Et maintenant, je reprends le métier que je voulais exercer depuis toujours : je travaille pour un journal.

Sources et notes :
– La prise en charge de votre schizophrénie. Vivre avec une schizophrénie, Haute Autorité de Santé, novembre 2007.
– Schizophrénies, Guide Affection Longue durée, Haute Autorité de Santé, juin 2007.

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