La plagiocéphalie

La plagiocéphaliePin

D’après une étude américaine*, un enfant sur 2 souffrirait aujourd’hui d’une déformation crânienne asymétrique plus ou moins prononcée : la plagiocéphalie. Le terme plagiocéphalie provient du grec : « plagios » = « oblique » et « kephalê » = tête.  Ce phénomène, aussi appelé « syndrome de tête plate », est lié au fait que les os du crâne du bébé dans le ventre de la mère et du nourrisson (jusqu’à environ 12 mois) sont souples. La tête du bébé est donc molle et déformable sous l’influence de facteurs extérieurs : une pression constante d’un côté du crâne ou une pressions forte liée à l’accouchement, par exemple, peuvent donc provoquer un aplatissement de la tête.

Ces dernières années a été observée une forte augmentation des cas de plagiocéphalie. Ce phénomène peut avoir de multiples causes, mais semble étroitement lié à notre mode de couchage sur le dos des bébés, préconisé par les médecins au début des années 1990 afin de réduire le nombre de morts subites du nourrisson (MSN).

Face à ce phénomène encore peu connu, certains parents sont inquiets : comment reconnaître le plus tôt possible une éventuelle plagiocéphalie ? Quelles sont les causes et comment les prévenir ? Comment traiter la plagiocéphalie ? Et après le traitement : reste-t-il des traces ? Et surtout : à qui s’adresser ?
Beaucoup de questions qui demandent des réponses … et que nous proposons d’élucider pour vous dans ce dossier. Causes, symptômes, traitement : vous trouverez ici les informations essentielles à savoir sur la plagiocéphalie.

A noter que les recherches sur les causes et les conséquences de la plagiocéphalie n’en sont qu’à leurs débuts… et les études n’arrivent pas toujours aux mêmes conclusions. Aussi nous tenons à indiquer que tous les médecins, pédiatres, et spécialistes ne sont pas tous d’accord entre eux sur la plagiocéphalie et sa prise en charge.

Plagiocéphalie : Les causes

Les causes de la plagiocéphalie du nouveau-né sont multiples et souvent reliées entre elles. Elles n’ont pas été parfaitement toutes identifiées avec exactitude, et ses causes font toujours l’objet de travaux de recherche. Voici les « pistes » les plus sérieuses qui peuvent être retenues. Les déformations du crâne, qui apparaissent souvent très tôt (à la naissance ou pendant les premiers mois de la vie), peuvent être provoquées par différentes circonstances avant, pendant et après la naissance :

  1. Les causes utérines (in utero)
    Avant même la naissance, une mauvaise position du corps et de la tête, un manque de liquide amniotique ou un manque de place dans l’utérus peuvent provoquer des pressions prolongées sur le crâne du bébé et ainsi causer une plagiocéphalie. Inversement, trop de place dans l’utérus peut conduire à des problèmes de positionnement du fœtus et provoquer des contraintes d’accouchement, nécessitant des actes instrumentalisés.
  2. Les contraintes de l’accouchement
    Les contraintes que le crâne du bébé subit lors du passage dans le bassin de la mère peuvent causer des asymétries crâniennes en favorisant la constitution de torticolis. Ce risque se présente notamment dans le cas d’un travail très long ou lors de l’utilisation d’instruments d’accouchement (forceps, ventouse).
  3. Le torticolis congénital
    On distingue deux formes de torticolis congénital :
    – le torticolis congénital postural qui résulte d’une contrainte utérine (par exemple, la posture du fœtus dans l’utérus), et
    – le torticolis congénital musculaire qui est lié à la rétraction unilatérale d’un des muscles qui soutiennent la tête et permettent sa rotation : étant raccourci et moins souple d’un côté, ce muscle limite la rotation du cou.
    Dans les deux cas, la tête est penchée d’un côté, le crâne désaxé par rapport au cou. Un torticolis non traité entraîne systématiquement une plagiocéphalie et, à l’inverse, une déformation asymétrique du crâne peut provoquer un torticolis secondaire.
  4. La position du bébé dans le sommeil
    C’est la cause la plus fréquente et la plus aggravante de la plagiocéphalie. On parle aussi de la plagiocéphalie positionnelle ou Plagiocéphalie Postérieure d’Origine Positionnelle (PPOP) : la tête du bébé couché sur le dos subit une pression asymétrique et continue sur l’arrière crâne qui s’aplatit, phénomène accompagné d’une asymétrie de la forme de la tête.
  5. Une manque de vitamine D
    Certaines études invoquent un manque de vitamine D de la mère pendant la grossesse comme cause contribuant à une plagiocéphalie.

Par ailleurs, il existe certains facteurs de risque augmentant la probabilité de développer une asymétrie crânienne. Ainsi, la plagiocéphalie toucherait prioritairement les premiers nés, les prématurés, les grossesse multiples, les garçons et les enfants nourris au biberon (manque de changement de position).

Plagiocéphalie : Les signes de la plagiocéphalie

Les premiers signes de la plagiocéphalie sont tout d’abord esthétiques :

– aplatissement postéro-latéral de la tête,
– front plus proéminent du côté de l’aplatissement (bosse de « compensation »),
– asymétrie des oreilles : une oreille est plus avancée que l’autre,
– un œil plus petit (et un peu plus fermé) que l’autre.

Mais la plagiocéphalie n’impacte pas seulement l’aspect esthétique du bébé. Si les conséquences de la plagiocéphalie font toujours l’objet d’études, on sait aujourd’hui qu’elles pourraient être de nature psychomotrice, cognitive et mécanique. En effet, les compressions et tensions que la plagiocéphalie engendre, se répercutent sur d’autres muscles, nerfs et organes, pouvant provoquer ainsi divers troubles.

Pour certains médecins, il y aurait un lien entre la plagiocéphalie et :

– des tensions musculaires et des asymétries posturales (par exemple torticolis),
– des déformations de la mâchoire (ce qui peut la succion et l’allaitement),
– des troubles dentaires (par exemple : troubles de l’occlusion) lorsque l’asymétrie atteint le visage,
– des problèmes auditifs et un risque peut-être augmenté d’otites,
– des problèmes de vue (strabisme),
– une répercussion sur le développement psychologique, cognitif et du langage,
– Il aurait également été établi un lien entre la plagiocéphalie et la scoliose.

L’apparition de ces phénomènes dépendrait du degré de l’asymétrie et de l’aplatissement du crâne du bébé.

Plagiocéphalie : Les traitements

En fonction des causes de la plagiocéphalie, le traitement peut déjà commencer à la maternité. Plus une plagiocéphalie est diagnostiquée tôt, mieux sont les chances de « guérison » et de rendre à l’enfant sa forme de tête naturelle.

Selon la gravité de la plagiocéphalie, l’intervention de divers spécialistes comme un kinésithérapeute ou un ostéopathe, voire un chirurgien, peut être recommandée. Mais parallèlement aux traitements assurés par les professionnels, le rôle des parents est important.

La kinésithérapie

Elle est essentielle pour traiter un torticolis qui conduit à la plagiocéphalie s’il n’est pas traité rapidement, à savoir dès le séjour en maternité :
Afin d’éviter que la tête du bébé soit toujours appuyée sur la même zone, ce qui causerait une déformation, le kinésithérapeute assouplit les muscles provoquant la mauvaise position de la tête et tonifie les muscles opposés à la tension.

L’ostéopathie  

Réputée pour détecter les tentions corporelles afin de rétablir l’équilibre anatomique, l’ostéopathie occupe une place importante dans les traitements de la plagiocéphalie positionnelle. Car elle prend en compte l’asymétrie posturale dans son ensemble. Ainsi, l’ostéopathe peut notamment intervenir pour lever un éventuel déséquilibre crânio-musculaire.

A noter : ni l’ostéopathe, ni le kinésithérapeute ne peuvent agir sur une déformation osseuse, donc une plagiocéphalie déjà constituée.

Le traitement de repositionnement

L’ostéopathe aussi bien que le kinésithérapeute donnent des conseils de traitement positionnel et d’installation aux parents pour le suivi quotidien à la maison. Le but étant d’éviter un contact prolongé du bébé sur le dos en période d’éveil et de favoriser le développement des muscles du cou.

Le port d’une orthèse

Si la déformation crânienne est sévère et persiste après 4-5 mois malgré les interventions déjà mentionnées, une orthèse de remodelage crânien peut être mise en place afin de réorienter petit à petit la croissance des os du crâne. Le bébé portera ce casque, qui est fait sur mesure, entre 20h et 23h par jour, sur une durée de 4 mois ou plus selon la technique utilisée. Des rendez-vous de suivi réguliers permettent alors de surveiller les progrès et d’adapter le casque le cas échéant.

La chirurgie

Il est rare qu’une intervention chirurgicale soit nécessaire pour traiter une plagiocéphalie. Mais elle peut se montrer indispensable par exemple pour allonger le muscle sterno-cleido-mastoïdien lorsqu’il existe un nodule dans ce muscle essentiel pour le soutien et la rotation de la tête.

Dans son livre « Mon bébé n’aura pas la tête plate – Prévenir et traiter la plagiocéphalie »* le Dr Thierry Marck, en fonction de l’importance de la  plagiocéphalie, préconise le schéma de traitement suivant :
– De la naissance à 3 mois : traitement positionnel actif (TPA) avec coussin de latéralisation associé à un traitement kiné-ostéo d’un torticolis primaire ou secondaire.
– A 3 mois : en fonction de l’évolution : si l’amélioration n’est pas parfaite, le TPA est maintenu encore un mois (sauf si l’enfant montre des signes de gêne et d’agitation dans son coussins – auquel cas on le lui retire).
– A 4 mois : le TPA est arrêté. Si la déformation est jugée de moyenne importance, l’enfant sera revu à 5 mois. Si la déformation est importante, le traitement par casque sera proposé.

Plagiocéphalie : La prévention

1) Pendant la grossesse

Il n’existe pas de prévention prénatale à proprement parler. Certains experts évoquent néanmoins la possibilité de mieux préparer le corps de la femme aux différents stades de la grossesse et à l’accouchement afin de limiter le risque de causes utérines (par exemple par manque de place) ou de contraintes à l’accouchement (bassin étroit, utilisation d’instruments) pouvant conduire à une plagiocéphalie.

2) A la maternité

L’examen systématique de la tête des nouveau-nés à la naissance est primordial. Car seul un dépistage immédiat d’un torticolis (voire d’une plagiocéphalie déjà présente) permet la mise en place rapide d’un traitement adapté, comme par exemple des manœuvres ostéopathiques. Si le problème n’est pas traité immédiatement, le bébé dormira systématiquement sur le côté qui le contraint le moins (par exemple en cas de torticolis) et développera une plagiocéphalie.

3) A la maison

La prévention d’une plagiocéphalie se passe aussi à la maison. Les parents peuvent contribuer à éviter un aplatissement du crâne de leur bébé, particulièrement pendant les premiers mois. Ils peuvent notamment :
> favoriser le temps d’éveil sur le ventre : le bébé dormant sur le dos, il est important de favoriser jeux et activités sur le ventre et de limiter le temps sur le dos lors de l’éveil,
> Alterner le côté d’appui du crâne sur le lit en faisant dormir le bébé alternativement avec la tête tournée à gauche et à droite (par exemple un jour sur deux, une tété sur deux), attention de ne pas coucher le bébé sur ventre !
> si bébé a une préférence naturelle pour un côté : lui parler en se plaçant du côté opposé,
> alterner la direction des stimulis (mobile, jouets lumineux…) ou les placer du côté négligé,
> biberon : alterner le côté ainsi que la position des bras qui soutiennent l’enfant,
> portage : il permet de limiter le temps d’appui de la tête du bébé sur une surface (parc, poussette, cosy) et constitue une occasion de prendre des mesures de repositionnement (ici aussi, il faut alterner la position de la tête),
> matelas : éviter un matelas trop « mou » où la tête s’enfonce trop et ne peut plus glisser de droite à gauche.

Plagiocéphalie : Sources et notes

– www.association-plagiocephalie-info-et-soutien.fr

– www.bebesante.fr

– http://www.plagiocefalia.com/

– Livre  « Mon bébé n’aura pas la tête plate – Prévenir et traiter la plagiocéphalie », Dr Bernadette de Gasquet, Dr Thierry Marck, Editions Albin Michel, 2015.

–  The incidence of positional plagiocephaly : a cohort study, US Pediatrics, 2013.

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